Les miettes

De Louis Calaferte

Création 2000/2001

Mise en scène : Valérie Jallais

Scénographie : Bertrand Sifritt

Lumière : Marc Duguépéroux

Avec : Dominique Chaix (2000), puis Luc Kienzel (2001) et Arlette Desmots

 

« Si personne ne fait rien c’est qu’il n’y a rien à faire » - Choupette

Une soirée chez Choupet et Choupette.

Un homme, une femme ; la petite cinquantaine. Un vieux couple, une soirée comme les autres…

Fin du repas : on plie la table. Café : on tire les fauteuils. Journal : on range, on va se coucher. Un long bavardage Jalonne ce déplacement mobilier : une somme de tous les renoncements à vivre, de toutes les frustrations imposées et consenties mollement, Soudain, le drame est là, la menace terrible : sur le pallier, deux hommes ont sonné chez les voisins ! Collé derrière leur œilleton, Choupet et Choupette auront eu bien des émotions.

Choupet et Choupette parlent. Parole sans objet, suite de phrases toutes faites, parole qui n’engage à rien, comme si ces êtres avaient perdu tout arrière plan psychologique, toute vie intime. Parole préfabriquée qui construit un monde en décalage total avec la vie. Un univers légèrement absurde et d’une grande force comique. Comique du constat, de dérision. Car ici tout est vrai, chaque phrase déjà entendue, chaque instant vécu mille fois. 

 

Extrait du texte :

Choupet, après un temps : On devrait quand même faire quelque chose…

Choupette : ça ne nous regarde pas

Choupet, peu convaincu : ça ne nous regarde pas…

Choupette : Non, ça ne nous regarde pas, ça ne nous regarde pas. Ce n’est pas chez nous. Si c’était chez nous, on verrait. Et ne reste pas là, va t’asseoir. Fais comme d’habitude. Lis ton journal. Va t’asseoir. Tu sais ce que ça te fait, les émotions. Après tu auras les nerfs noués sur l’estomac et qui est-ce qui te soignera, moi. Tout ça pour des gens que nous ne connaissons pas, que nous n’avons jamais vus, ou seulement une fois ou deux dans l’escalier.Des gens qui n’ont pas de plaque, pas de courrier, pas de nom. Enfin, des gens qui nous sont complètement étrangers, tu ne peux pas dire le contraire. Complètement. Complètement étrangers. Des inconnus en somme. S’ils se sont attirés une mauvaise affaire, tant pis pour eux. Qu’ils se débrouillent. Qu’est ce que nous y pouvons ? Nous n’y pouvons rien.Absolument rien. Ces histoires-là, ça n’arrive toujours qu’aux mêmes. Nous n’avons pas à nous en mêler. Et d’ailleurs, qu’est-ce que ça changerait que t’y ailles, hein ? »