L'ange de l'information

D'Alberto Moravia

1992

Mise en scène : Valérie Jallais

Scénographie : Christian Grisinger

Lumière : Jean-Michel Vanson

Costumes : Maud Grandpierre

Avec : Michel Cochet, Bernard Forler, Josée Lagravère


Une pièce à trois personnages, divisée en trois périodes réparties sur une seule journée ; situation classique donc, voire même conventionnelle, réunissant le mari, la femme et l’amant.

Pourtant, Moravia détourne allègrement ce schéma : si d’ordinaire, les volontés contradictoires de dissimulation/découverte constituent les ressorts de l’action du théâtre de boulevard, ici, c’est la vérité étalée dans toute sa cruauté qui donne leur dynamique aux personnages.

Une femme qui se prête avec docilité au rituel quotidien imposé par son mari, journaliste politique, (lui rendre visite vêtue d’une longue chemise de nuit, un lys à la main), révèle à celui-ci qu’elle a un amant. Elle rejoint ensuite ledit amant, pilote de ligne, et lui apprend qu’elle est enceinte, mais de son mari, en toute certitude. La troisième phase est en quelque sorte un « retour » au mari, une réconciliation, un "happy end » sur lequel on peut émettre des doutes.

Cette situation intime, privée, prend corps dans un contexte de menace de guerre nucléaire. Alberto Moravia s’inspire de l’accident du boiing coréen abattu dans la mer du japon en 1983 qui avait coûté la vie à 269 personnes, drame dont les circonstances demeurent mystérieuses. Voilà précisément le cœur de la pièce : établissant un parallèle entre deux situation de crise, l’une affectant les relations de couple, l’autre celle des deux super-puissances, l’auteur pose le problème de l’importance croissante des médias, de l’accélération vertigineuse de l’information qui nous laissent finalement tout aussi ignorants de la réalité des faits.

"Grâce aux technologies de l’information nous savons tout et nous connaissons peu. J’ai voulu montrer le drame d’un homme minutieusement informé, par sa femme elle-même, de la liaison qu’elle entretient avec un amant et qui pourtant ne parvient pas à comprendre la réalité de cet amant, c’est-à-dire si sa femme l’aime et comment."

Alberto Moravia