T. s'écroula sur le sol de la cuisine aux côtés d'Eléanore. Il sentit que les pulsations propagées par son poignard s'affaiblissaient. Les larmes lui montaient aux yeux. S'il mourrait, ici, il y avait de fortes chances pour qu'il ne se réveille jamais de son coma. Il aurait dû lui rester soixante dix-sept jours, soixante dix-sept âmes à récolter. Il s'appuya sur le sol et essaya de se relever. Il ne fallait pas qu'il abandonne, pas maintenant. Lentement il parvint à se mettre à quatre pattes. La cuisine semblait tourner autour de lui. Avec l'aide d'une chaise il put se mettre sur ses genoux. Il se sentait faible et la douleur continuait de le poignarder ses entrailles. Ses muscles se contractaient sans vouloir se détendre, l'enfermant dans un carcan rigide. Il avait froid, il ne pouvait plus contrôler les spasmes qui l'agitaient.
Il se hissa sur la chaise et parvint à s'asseoir. Sur la table une carafe de jus d'orange était posée sur un plateau. Il l'attrapa à deux mains et l'amena vers lui, la vidant de moitié parce qu'il ne pouvait pas stabiliser ses bras. Il but une grande goulée de jus d'orange se renversant le reste de l'eau sur sa chemise grise. L'eau avait la consistance et le goût de cendres froides. Il la recracha et lâcha la carafe qui se brisa sur le sol.
Il ne pouvait pas déglutir. Sa gorge était douloureuse, comme une brûlure. La porte de la cuisine s'ouvrit, il vit une forme bleu nuit s'avancer vers lui. Il se demanda qui venait récolter les Ankous qui mourraient. Il sentit un doigt glacé se poser sur ses lèvres. Peu à peu les tremblements s'apaisèrent, la douleur renonça, sa gorge se calma. Il sentit une fatigue intense l'envahir, il n'avait plus aucune force.
Alors il vit plus nettement. Il s'agissait d'une femme enveloppée dans de larges bandes d'étoffes. Le doigt qui dépassait était fin et semblait jeune, l'ongle était vernis en vert émeraude avec des reflets bleutés. Le visage de la femme était voilé, il pouvait tout de fois apercevoir sa peau caramel, des mèches de cheveux roux et de grands yeux noirs. Des bandes de tissu enveloppaient sa chevelure, et d'autres masquaient le bas de son visage.
La femme le porta alors. T. essaya de s'y agripper, mais il abandonna l'idée quand il se rendit compte que cela se demandait trop d'énergie. Ils passèrent la porte de la cuisine. Il sentit des vents froids s'abattre de tous les côtés, cela le força à fermer les yeux. Quand il les rouvrit, la femme le déposa sur son lit de l'Hôtel du Vieux Passage. Une voix douce et chaude emplit alors la chambre.
« Vous avez bon fond T., mais vous êtes un peu niais. Vous devriez faire plus attention à vous. Ce corps ne peut pas mourir, mais il peut subir ce à quoi vous le soumettez.
- Merci... je... qui êtes vous? »
Aux yeux de la femme il vit qu'elle souriait.
« Je pensais que vous auriez compris... Il est vrai que lorsque l'on évoque le Marchand de Sable, peu s'imaginent qu'il puisse ressembler à cela. »
Elle ferma les paupières, il remarqua ses longs cils. D'un seul coup elle se changea en statue de sable qui tomba au sol et s'infiltra entre les lames du parquet de la chambre pour en disparaître.
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Bonne journée Katy
Je voulais seulement te dire que j'aime bien ton "marchand de sable"... :)
Je ne le voyais pas ainsi mais c'est une idée excellente !
Bonne soirée, Jim. Bisous.
Bonne journée Michka