Abbaye St Taurin_ 23h30
Valentin avançait d’un pas rapide vers la sale de la châsse, il allait être en retard à son rendez-vous. Lorsqu’il entra l’homme l’attendait déjà, enveloppé dans une ample robe rouge bordeaux. Sa tête était encapuchonnée et aucun de ses traits n’étaient visibles. Si ce n’était la couleur de la robe on aurait pu le prendre pour un prêtre. Valentin s’inclina, posa un genou par terre et garda la tête baissée. Une main blafarde aux doigts fins et aux griffes acérées se présenta devant lui. Il la prit avec délicatesse la baisa du bout de ses lèvres presque bleues.
« Relève-toi Valentin.
- Bien mon Prince. »
Il évitait son regard et ses yeux restaient dirigés vers le sol.
« Mon héritier est maintenant en possession de la fiole de sang.
- Vous voulez que… »
La réponse fut cinglante, une gifle lui lacéra le visage, aucune goutte de sang ne coula, une des règles étaient de se présenter à jeun devant Le Prince pour ne pas qu’il se salisse des mains.
« Il suffit Valentin, tu n’as pas à poser de questions, juste à acquiescer à mes demandes et mes affirmations.
- Bien mon Prince. »
Il ne s’excusa pas, cela revenait à ordonner au Prince de l’excuser, une douleur le prit dans le dos en souvenir des dernières excuses que Valentin avait présentées.
« Tu devras la récupérer.
- Bien mon Prince.
- Tu n’as pas beaucoup de temps.
- Bien mon Prince.
- Juste vingt neuf jours.
- Bien mon Prince.
- L’ouverture de la châsse ne pourra se faire que le vendredi 21 avril au soir, le soir où Jim Dante mourra.
- Le 21 avril mais… »
La nouvelle gifle l’envoya valser contre le mur d’en face.
« Tu as bien compris, ce que tu n’as pas compris c’est que tu ne dois pas réagir, négligerais-tu le lien qui nous uni ? »
Valentin sentit une douleur qui lui assaillit la tête. Il vit ses bras s’étendre devant lui et ses jambes s’allonger. Il se sentit ramper jusqu’aux pieds du Prince.
« Baise le sol que j’ai foulé, vénère la poussière que j’ai frôlé misérable vermisseau. »
Un poids s’abattit contre la nuque de Valentin et ses lèvres sentirent bientôt le contact du sol froid, plus froid que ses lèvres.
« Ce n’est pas parce que je n’utilise que très rarement le lien qu’il n’existe pas. Tâche de t’en souvenir, si ta cervelle de vermisseau en a les capacités. »
Valentin ne fut en mesure de bouger que lorsque Le Prince eut totalement disparu. Pourtant il resta figé par la peur dans cette position pendant quelques minutes. Il se releva lentement courbaturé et affaibli. La soif lui tenaillait l’estomac, ses pupilles se rétrécirent, il sortit de l’abbaye en ne pensant plus qu’à une seule chose, le sang. Il était devenu un simple prédateur à cause de la soif, cette soif douloureuse, tyrannique. Il réfléchirait à nouveau lorsque du sang frais et bouillonnant coulerait à travers son corps, ses organes. Le sang frais était la seule chose qui l’empêchait de se putréfier.
C'est vous qui le dites!