Chapitre 7 : Mensonges

« Lorsque le Kromofrênos apparaîtra je pourrais enfin m’accomplir, je n’ai été créée que pour ce moment, je suis née pour lui, lorsqu’il apparaîtra enfin La Grande Alliance pourra enfin naître. »

                                   De La Grande Alliance_ ERAETHYL

 

 

La nuit est froide. Je tremble. En regardant mes pieds je m’aperçois qu’ils sont nus, ils saignent. Le sang est-il toujours la seule solution ? Je ne sais pas où je suis. Mon nom, quel est-il déjà ? J’avance, comme poussé par une force invisible. Pourquoi j’avance ? Qui sait ? Il y a sûrement quelque chose à l’autre bout. Du verre brisé, des morceaux de bois et du métal. Ca y est, le lieu est identifié. Le West Pier. Ruine de verre, de métal et de bois. Je relève la tête pour apercevoir l’autre bout.

L’eau, de l’eau partout, dans toutes les directions, la douleur. Le sel, les plaies, le sang. Brûlure des yeux. Je n’aperçois qu’une seule chose. Autre chose me pique. Le sang s’échappe en un mince filet de mon poignet droit. Le sang s’écoule donc plus vite dans l’eau ? La paix semble approcher. Sourire.

Je ne comprends pas. Un coup de vent. Une plaque de verre se brise à mes pieds. Ils sont nus. C’est étrange, j’ai déjà vécu cette constatation. J’avance sciemment dans les bouts de verre. Crissement. Le sang coule sur le verre. Les entailles s’élargissent. Silence. Silence absolu. Même l’eau ne fait plus de bruit.

L’air siffle. Chute. L’eau se rapproche. La surface de l’eau, de plus en plus proche de ma vision. Choc. Impact. Douleur. Meurtrissures dans la chair, cette chair tant haïe, la chair de la chair de mon père.

Remonter à la surface. Trop tard. Remonter quand même, se débattre, se battre. Le poignet droit. Le sang. L’abandon. La fuite. Dérive inerte.

Je suis assis. Les pieds dans le vide, au dessus de la mer calme. Je ne fais qu’attendre l’impulsion. Toute la clé était là. Sourire. Debout au bord du précipice. Funambule entre les planches et le vide. Sourire. Retour sur le plancher. Sourire. Un de mes pieds s’avance dans le vide par le fait de ma volonté.

Sourire. Noir. Obscurité. Silence total. Solitude de l’âme. Errance dans l’infini. Cela ne finirait-il donc jamais ? Les points remplacent les virgules. La Fin ne finit pas. Seul pour l’éternité. Ce sourire récurrent était donc un mensonge lui aussi ? Tout n’est que mensonge.

Mercredi 6 septembre 2006
par James Emmanuel Dante publié dans : La Lune Bleue, Cercle Premier: Le Flux Sombre
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