Nuit du 14 au 15 janvier 2000_ Abbaye St Taurin
Valentin était à terre, son sang se répandait peu à peu sur le sol pavé. La douleur le tiraillait, il se concentra et tenta de se relever.
« Tes efforts sont pitoyables, tu ne viendras jamais à bout de moi, tu es bien trop faible. »
La voix était rauque et provenait de cet homme qui masquait son visage dans les ombres, Valentin n’en apercevait que les deux points jaunes lumineux qui flamboyaient de puissance. Valentin, à genoux, tremblant de fatigue ramassa son épée et en se relevant la traîna derrière lui. De larges plaies recouvraient son torse et son visage tuméfié suintait, la sueur se mélangeant au sang. Il avançait avec peine vers son adversaire.
« Va te faire foutre pauvre con, au moins j’aurais tout tenté.
- La folie des hommes est pathétique, il est regrettable que notre confrontation n’aie pas attendu que tu sois un peu plus expérimenté, tu aurais fait un adversaire plus intéressant.
- Arrête tes conneries, si je ne te tues pas, Olivier le fera à ma place, lui est suffisamment fort, une fois que tu m’auras tué, il sera le Tepes en titre.
- Qui a dit que j’allais te tuer ? »
Avec le peu de forces qui lui restait Valentin se rua sur son interlocuteur et assena un coup d’épée au mur juste à côté du vampire avant de s’écrouler à ses pieds. Il se sentit soulevé par le cou et vit bientôt les deux points lumineux face à ses yeux. Il fut alors projeté contre le mur d’en face avec une force phénoménale, la douleur avait dépassé le seuil de ce que le jeune homme pensait pouvoir supporter, sa vision se troublait, des larmes coulaient sur ses joues couvertes de sang séché. L’homme s’approchait lentement devant le corps immobile, il attrapa un bras.
Valentin sentit un violent craquement suivi d’une douleur aiguë dans son épaule droite, l’homme venait de lui briser, lorsqu’il sentit que le vampire attrapait son bras gauche il hurla, les yeux de l’homme semblèrent pétiller de plaisir et de délectation.
Le craquement de l’épaule gauche se fondit dans le cri du jeune empaleur, la douleur lui tordit l’estomac, il sentit que la nausée montait.
« Alors jeune Tepes, que penses-tu de ma force ? Je pourrais encore retourner un à un chacun de tes doigts puis te broyer les orteils avant de te briser les genoux. Quelle négligence ! J’allais oublier tes coudes… »
Comme pour accompagner le geste à la parole l’homme prit la main droite du supplicié, de l’autre main il saisit le petit doigt de cette main, violemment il l’écrasa contre le dos de la main à laquelle il appartenait.
« Deviens-tu raisonnable ? Me considères-tu maintenant comme ton Prince ? »
Valentin gémissait de douleur, la peur de ce que venait de lui promettre Le Prince s’il ne demandait pas grâce le paralysait, lorsqu’il sentit que l’homme reniflait son majeur sa langue se délia d’elle-même.
« Pa… pardonnez-moi ! Arrêtez, je vous en supplie, par pitié, mon… mon Prince. »
Les dernières paroles eurent du mal à sortir de la bouche de Valentin qui les prononça la mort dans l’âme. On pouvait deviner un sourire cruel sur le visage de l’homme encore dans la pénombre. L’homme souleva le jeune empaleur et plongea ses dents dans sa nuque, savourant les doux parfums du sang de sa victime. Les plaies du jeune homme se refermaient petit à petit, il ne ressentit bientôt plus aucune douleur, comme s’il s’enveloppait de ouate, son corps se laissait envahir peu à peu par le froid, il perdit connaissance dans une sensation de plénitude et de soulagement.
L’homme retroussa une des manches de sa toge rouge bordeaux et s’ouvrit le bras à l’aide d’un de ses ongles.
« Bois, car ceci est ton sang. »
La phrase impie avait été prononcée avec plus de délice que chacune des autres fois où il l’avait prononcée, le plan venait de s’amorcer. Le destin de Valentin venait d’être scellé par cette simple phrase, une goutte de sang toucha sa langue, il ouvrit ses yeux encore ternes et sentit le liquide chaud, son propre sang se répandre dans sa gorge, se répandre dans son corps, peu à peu ses veines, ses artères firent à nouveau circuler le liquide vital. Son cœur recommençait à faire circuler son propre sang, mais ce sang était synonyme de nouvelle vie, il but avec avidité toute l’énergie que pouvait lui procurer son nouveau maître.
« Ce sang tu devras le renouveler tous les soirs si tu ne veux pas pourrir, ton corps mort l’aura consommé d’une nuit sur l’autre. Fais attention à ne pas recréer ce que tu es à chaque fois que tu tues. »
La porte de l’abbaye s’ouvrit violemment, éclairant Le Prince et son nouveau disciple en bas d’une grande croix de bois, Le Prince à genoux soutenant le corps encore fragile de Valentin. Olivier apparut dans l’encadrement de la porte contemplait cette version malsaine d’une Piéta grossièrement ébauchée. Les chaises étaient dans un désordre monstrueux et des traces de sang étaient éparpillées partout dans l’abbaye, signes évidents d’une bataille sans merci. Il reposa les yeux sur son ami qui buvait paisiblement le sang de leur ennemi. Un petit ricanement se fit entendre.
« Il semble que tu arrives trop tard jeune Olivier. Devine qui est la prochaine victime sur ma liste ? Je te laisse un petit indice, il s’agit d’un autre ami à toi, quelqu’un d’autre à qui tu tiens beaucoup. »
Olivier eut un haut-le corps et sortit de la salle en courant, Elvina qui était en train de s’approcher de l’abbaye fut bousculée violemment.
« Que se passe-t-il Olivier ? Nous arrivons trop tard ? »
Olivier se retourna vers sa formatrice, écœuré, les yeux rougis, les muscles tendus.
« Bien sur qu’il est trop tard, mais vous étiez au courant n’est-ce pas ? Comme tout ces salauds de L’Organisme. Allez tous vous faire foutre. »
Il envoya son poing vers le visage d’Elvina qui saisit son bras et l’empêcha de fuir.
« Je n’étais pas au courant et L’Organisme veut l’éradication des non vivants, pas de ses agents.
- Lâchez moi, vous ne savez pas de quoi je suis capable ce soir, il est mort, il nous a trahi, et c’est ce que vous vouliez tous. »
Il se détacha d’elle avec une rapidité surprenante. Il marcha jusqu’à la salle de spectacles d’Evreux, Le Cadran. De là il descendit sur les berges de l’Iton, la petite rivière qui traversait Evreux. Enfin il se laissa aller, son estomac se révoltait devant l’image de Valentin s’abreuvant au bras de Vladislas. Il eut la nausée et vomit, surtout de la bile noire, cela lui laissa un goût amer dans la bouche. Il s’étala un peu plus loin dans l’herbe et contempla le ciel. A l’image des étoiles se superposait la scène à laquelle il venait d’assister.
C'est vous qui le dites!