10h00

 

Olivier s’approcha lentement de Jim, son regard ne s’était toujours pas adouci.

« Je peux savoir ce qu’il se passe ?

- …

- Ne joue pas les timides maintenant alors que tout à l’heure tu jouais au type qui à le mental de ton physique. »

Jim avait la tête baissée, à cette remarque il la releva brièvement la tête, le regard implorant puis il la rabaissa et fit demi-tour. Olivier lui attrapa le bras.

« Ce n’est pas le moment de fuir Jim. Pas avec l’attitude que tu as eue tout à l’heure. »

Jim resta silencieux.

« Je veux bien que tu relèves la tête, que tu aies confiance en toi, mais pas de cette manière là. Tes yeux en étaient presque devenus méchants, mauvais. Le plus pathétique c’est que malgré toute la froideur et toute la distance que tu as réussi à mettre dans ce masque, la tristesse qui te caractérise n’a pas disparu. Tu étais toujours toi. Le mensonge à soi est pire pour toi que tu ne l’imagines. Tu comptes te laisser dévorer pendant combien de temps ?

- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas Olivier.

- Comment peux-tu juger de mon vécu, penses-tu être le seul à avoir des problèmes ?

- Non.

- Alors que se passe-t-il ?

- Je dois accepter celui que je suis et je n’y arrive pas. Je suis en train de me résigner.

- Tu n’as pas à accepter celui que tu es. Tu es toi ! C’est tout, tu n’as pas à adopter une autre personnalité parce qu’on t’a dit que c’était la tienne ! Le Jim que je connaissais n’y aurait jamais pensé.

-  Les choses changent autour de moi et je ne sais plus où donner de la tête. Je suis perdu et le masque est la seul parade que j’ai pour l’instant.

- Réagis comme Jim réagirais.

- Et si Jim s’effaçait pour laisser place à quelqu’un d’autre qu’il n’arrive pas à contrôler, pour quelqu’un qui est en lui et qui revendique son droit d’expression, de vivre.

-Comment ça ?

- Je ne peux pas l’expliquer plus que ça Olivier. »

Jim commença à se détacher et à partir sans jeter un seul regard à Olivier. Il ne se laissa pas démonter et le suivit, se laissant mener par Jim. Le fossé ne se creuserait pas, Olivier ne saurait l’accepter, protéger Jim se révélait en fait plus difficile qu’il ne l’avait pensé. Briser la résistance de Jim était dur, pourquoi avait-il pensé que ce serait facile ? Il savait très bien qu’en ce monde rien n’était simple, les humains étaient beaucoup plus difficiles à gérer que les forces démoniaques. Il s’en voulut d’énoncer intérieurement ces banalités. Si Jim avait su qui il était peut-être que tout aurait été plus simple. Ils étaient maintenant dans la cour, Jim se dirigeait vers les tables de Ping-pong en béton.

« Ne me suis pas, tu n’as pas le droit de faire ça.

- De faire quoi ?

- J’ai besoin d’être seul.

- Faux, tu es quasiment tout le temps seul, même lorsque tu es avec d’autres, et ce dont tu as besoin c’est de quelqu’un qui t’écoute.

- Qui te dis que c’est ce dont j’ai besoin. »

Olivier s’arrêta net.

 

Pourquoi faut-il que je détruise tous les liens qui m’unissent aux gens que j’aime, qui semblent m’aimer ? Je ne veux pas qu’ils s’approchent trop près de moi. J’ai peur de les découvrir, de leur faire mal un jour ou l’autre. Autant que je me détache d’eux le plus vite possible.

 

« Tu crois que ça va tout arranger, l’isolement n’a jamais été la solution Jim. Tu as peur de nouer des relations, mais penses-tu que je t’aurais suivi par pure envie de me divertir ? »

Jim s’assit sur une des tables, toujours dos à Olivier.

« Me tourner le dos ne changera rien, je ne disparaîtrai pas. »

Olivier contourna la table et se planta devant Jim.

« Tu as peur de ce que je pourrais découvrir en te parlant mais je ne t’oblige à rien, je suis juste là pour que tu saches que si tu en as besoin je suis là. Tout le monde à ma place aurait dit la même chose.

- Tout le monde ne serait pas venu me voir, tout le monde ne m’aurait pas suivi…

- Crois-tu que tu leur en donne l’envie ?

-… »

Olivier s’approcha et lui pris les deux épaules, il plongea son regard dans le sien. Les larmes montèrent aux yeux de Jim. Olivier sourit, avança sa main vers le visage de Jim et essuya les larmes qui y coulaient.

Jeudi 20 juillet 2006
par James Emmanuel Dante publié dans : La Lune Bleue, Cercle Premier: Le Flux Sombre
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