Jim ferma le petit cahier de brouillon qui lui servait de journal, il posa son stylo, sentit que son cœur commençait à accélérer, il ouvrit un tiroir de son bureau et y jeta le cahier. Il regarda par la fenêtre de sa chambre, les arbres frémissaient et la rue était déserte. En quittant sa chambre il repoussa ses couvertures pour le moment où il rentrerait. Au moment où il s’apprêtait à sortir de sa chambre il s’avisa que de sortir par la fenêtre serait toujours plus discret que d’ouvrir sa porte, descendre les escaliers, entrer dans la cuisine, ouvrir la porte et sortir. Il valait mieux passer par la fenêtre. Il fit demi-tour et fit craquer une lame de parquet. Il s’arrêta net, essayant de ne pas faire de bruit, respirant le plus discrètement possible, c’est à dire contraindre ses poumons à ne rien avaler. Ses oreilles essayaient de capter tous les sons qu’elles pouvaient récolter, lorsqu’il entendit que ses parents étaient toujours en bas devant la télé il s’approcha de son bureau et monta dessus. Il y resta accroupi une vingtaine de secondes, histoire de repérer qui était où dans la maison. Sa sœur respirait fortement dans la chambre voisine, elle dormait. Quant à ses parents, la télé se faisait encore entendre en bas. Il autorisa ses poumons à avaler l’air dont ils avaient besoin. Rien que par cette petite apnée il était essoufflé, cela le fit rager intérieurement.
Il ouvrit la fenêtre lentement, l’air frais s’insinua dans sa chambre, en lui. Cela le réveilla, bizarrement. Il fit quelques pas sur les tuiles d’ardoise de sa maison sans faire aucun bruit, ce qui n’était pas très normal, arrivé au bord du toit il sauta sur la pelouse et retomba accroupi. Il resta là quelques instants, observant tristement sa maison. Une fois parti, dos à sa maison, il vérifia qu’il avait bien ses clés, au cas où il n’arriverait pas à remonter sur le toit.
L’air froid lui piquait le visage, les ombres se déformaient sur le sol, les étoiles et la lune étaient cachées par des nuages vagabonds, des nuages noirs et voilés, des nuages qui ne lui montraient que des parcelles de ciel sombre.
Un hibou ou une chouette hulula dans l’obscurité, Jim sursauta, il avait l’impression que cachés derrière les arbres, les murs, tapis dans l’herbe des myriades d’yeux, petits ou grands malveillants ou non, appartenant à des peuples cachés qu’il ne connaissait pas encore, l’épiaient, l’observaient et attendaient patiemment, ou non, sa naissance, son réveil. Il se retournait souvent sur son chemin pour vérifier qu’il n’était pas suivi, à chaque fois les ombres qui le suivaient se reformaient, immobiles, innocentes.
Il arriva dans le village d’Aviron proprement dit au bout de dix minutes, la nuit était très fraîche mais il transpirait, comme s’il était piégé dans un mauvais rêve, dans quelque chose qu’il ne pouvait pas nommer mais qui lui paraissait irréel.
Paradoxalement il voulait aller au cimetière, poussé par un sentiment de curiosité, poussé par l’adrénaline, il avait tout de même l’impression d’avancer au ralenti, de se voir avancer. Peut-être allait-il enfin devenir celui qu’il était. Il attendait de cette nuit, innocemment et de façon un peu stupide aussi, qu’elle devienne son accomplissement.
Charly...
je continue ma lecture, voir si je me gourre ;)