Evreux_ 22h30
Olivier se dirigeait vers l’Abbaye St Taurin, l’endroit paraissait calme, normalement personne ne devait se trouver ici. L’Abbaye n’en était plus vraiment une, il s’agissait en fait d’une église construite à l’endroit même d’une ancienne Abbaye, mais ici tout le monde continuait à l’appeler ainsi. Les pavés qui recouvraient le parking étaient mouillés et luisaient aux lueurs qui s’échappaient de l’auberge de
Des voix émanaient de la salle dans laquelle la châsse était exposée, il s’approcha lentement et colla son oreille à la paroi froide et grise. La voix de Valentin résonna dans la tête d’Olivier qui tressaillit.
« Vous savez tous ce que ceci renferme, n’est ce pas ? »
Une voix idiote répondit :
« Les reliques de St Taurin ? »
Le son d’une gifle sèche et violente, suivi d’un grognement se firent entendre.
« Pauvre petit con, qu’est-ce que je pourrais bien avoir à foutre des reliques de ce St Taurin, ce n’est pas dans cette châsse qu’elles sont, personne ne sait où elles se trouvent ! C’est l’essence du démon qui a été enfermée ici, celui que St Taurin a tué au début du Moyen-âge. »
Olivier mis un pied dans la salle :
« Dis-moi Valentin, tu comptes te recycler dans l’Education Nationale ?
- Olivier, ton humour laisse toujours à désirer… que me vaut cette visite ?
- Je me disais qu’en prof d’histoire tu serais toujours plus passionnant que M. Caspi. »
Valentin grogna, puis reprit sa voix normale.
« Veux-tu devenir l’un des nôtres ou continuer vainement à nous combattre ?
- Tu t’es abandonné à Vlad, tu n’as pas cherché à te défendre, tu… »
Valentin esquissa un sourire, ses yeux s’illuminèrent au fur et à mesure qu’il parlait, sa voix suave essayait d’attirer Olivier, son regard avait quelque chose de légèrement avide lorsqu’il prit la parole.
« Tu n’as jamais goutté à la mort, à cette sensation de joie, de paix, de bonheur qui s’installe en toi quand ton sang te quittes, et qui réapparaît à chaque fois que tu tues, que tu savoures le sang de tes victimes. Au fait, qui m’a abandonné le soir de ma naissance ? »
Olivier resta interdit...
« Tu… tu appelles ça une naissance ?
- Où étais-tu ? »
Olivier ne répondit pas.
« Un peu de culpabilité Olivier ?
- Tu n’es plus Valentin, il est mort lorsque Vlad l’a vidé de son sang.
- Si tout était aussi simple mon petit, Le Prince n’a fait que m’ouvrir au pouvoir et à la puissance. Je suis encore Valentin. »
Olivier prit un pieu dans chaque main, il devait se résoudre à se battre. Il y avait deux vampires en plus de Valentin, un petit massif et un grand qui devait être assez souple. Ils se jetèrent tous deux sur Olivier qui écarta le petit d’un coup de pied, le projetant contre un mur, étourdi. Le grand était plus rapide et n’avait pas besoin de respirer, mais Olivier avait été un Tepes et son talent n’avait pas été modifié par sa rébellion envers L’Organisme. Il réussit à placer un coup de poing dans l’abdomen de son adversaire qui ne broncha pas.
Le plus petit des deux vampires s’était repris et l’attaqua par derrière, il l’aplatit au sol, à demi assommé. Valentin posa son pied sur sa tête, savourant tout le plaisir et toute la puissance que lui procurait cette situation.
« Tu as perdu, je ne te laisserais aucune chance, que tu le veuilles ou non, ce soir tu deviendras l’un des nôtres. Tu te prosterneras aux pieds du Prince. »
Olivier sentit une autre présence s’approcher, quelqu’un qu’il connaissait. Il laissa fuir la puissance qu’il avait accumulée en lui depuis le début du combat, il ne devait pas se trahir.
Il sentit les dents du vampire qui le maintenait au sol s’approcher lentement de son cou.
Il prit appui sur ses mains, contracta tous ses muscles et se projeta violemment en équilibre sur ses mains. Le vampire fut éjecté contre Valentin.
Tom s’avança dans la salle, Olivier l’accueillit très froidement, alors qu’il plantait un pieu dans le cœur d’un des deux acolytes de Valentin :
« Vous comptiez attendre ma mort avant d’intervenir ? »
Tom se battait contre l’autre acolyte, Valentin était sorti, lorsque Tom en eut fini avec son adversaire il se retourna calmement vers Olivier.
« Sans moi tu n’en aurais fait qu’une bouchée, tu aurais même pu tuer Valentin.
- Vous êtes toujours convaincu que je suis la vingtième Lune Bleue.
- Oui.
- Alors pourquoi en avez- vous après Jim maintenant ?
- Parce qu’il est la vingtième Lune Bleue. »
Olivier se figea, il ne pouvait y avoir plus d’une Lune Bleue, il était la seule, mais Tom semblait si sûr de lui, et il avait des sources d’informations fiables contrairement à lui-même.
« Je, je ne comprends pas… je ne suis qu’un ancien Tepes qui ne pouvait pas supporter L’Organisme, cette société qui nous gère comme des biens commerciaux et qui n’a rien fait pour sauver Valentin.
- Alors toi aussi tu doutes de L’Organisme.
- Ne me faites pas croire que vous servez vos patrons en les remettant en cause, vous n’êtes qu’une de ces ordures et vous essayez de me récupérer. »
Le regard de Tom se durcit, ses lèvres formèrent un pli de mépris.
« Tu es vraiment trop naïf mon pauvre Olivier. Tu penses que le monde est régi comme les gens qui ont formé ta pensée te l’ont appris ? L’Organisme n’est pas une entreprise dont les patrons exploitent ses pauvres petits ouvriers. L’Organisme recrute des gens qui ont le potentiel de se battre contre nos ennemis. Cesse d’appliquer la doctrine communiste à toutes les sauces alors que toi-même tu ne respectes pas la moitié de tes idéaux. Maintenant la façon dont ils gèrent certaines affaires est plus que douteuse, c’est certain. Tu penses que je ne sais pas comment cela c’est passé le soir où nous avons perdu Valentin. La convocation par L’Organisme à Brighton n’a pas enlevé mes œillères, Elvina m’a raconté les faits en détail. Et cesse aussi de me prendre pour ce que je ne suis pas, tu n’as pas assez d’expérience pour te permettre de juger les gens. Enfin cesse de te sentir coupable concernant la perte de Valentin, tu n’en es pas responsable. »
Olivier ne répondit rien, il revoyait les douloureuses images.
Mais je n’ai rien pu faire d’autre que sortir en courant, les larmes aux yeux, une fois arrivé sur les berges de l’Iton, j’ai vomi. J’aurai du rester avec lui, je n’ai rien vu arrivé, je l’ai trahi.
Tom le jaugea longuement de son regard sévère :
« Tu es sûr de ne pas être la vingtième Lune Bleue ?
- Si je l’étais j’aurai pu sauver Valentin. »
Olivier sortit de l’Abbaye, dehors il pleuvait maintenant. Il se dirigea lentement vers l’Iton, s’assit au bord et le regarda couler. L’eau paraissait noire comme l’encre, la pluie troublait la surface de la rivière qui ne reflétait que l’obscurité du ciel, aucune étoile, aucun astre ne pouvait illuminer l’eau cette nuit. Peut-être avait-il été lâche et égoïste, il n’avait jamais voulu être ça, connaître ce monde. Trop tard pour revenir en arrière maintenant. Tout était devenu presque amer, il aurait voulu dormir au lieu de se battre sans relâche contre ce que la plupart des gens pensaient être des chimères. Maintenant il y avait Jim, à protéger, défendre contre eux, il fallait faire tomber sa naïveté, ses illusions et son romantisme. Il le protégerait, cela lui redonnait un but, cela ravivait la flamme qui avait commencé à s’asphyxier lentement.
C'est vous qui le dites!