Exercice 39: Début et mots imposés.

C'est un exercice combiné qui est cette fois proposé par Virginie Edensland. En effet, il s'agit d'écrire un texte dont le début vous est imposé, en utilisant également au minimum 10 mots parmi les 15 d'une liste. Ce double défi, nous ne doutons pas que vous saurez le relever, et que la surprise et l'émerveillement seront comme toujours au rendez-vous à la lecture des résultats.

Début :
Il / Elle reposa le téléphone...Les larmes emplirent ses yeux...Il n'y avait plus d'espoir.

Mots imposés :
soleil, main, regard, feuille, rideau, océan, demain, oublier, rancoeur, soulagement, impasse, bonheur, lancinant, pourquoi, poing.

Cet exercice sera officiellement actif du 01 au 11/05, mais comme toujours, les participations reçues au delà de cette date seront également prises en compte.

Au plaisir de vous lire :-)


Elle reposa le téléphone... Les larmes emplirent ses yeux... Il n'y avait plus d'espoir. D'une main elle sécha ses larmes avant qu'elles ne coulent sur son visage. Elle souffla un instant, puis contracta ses mâchoires. Lorsqu'elle se retournerait son visage devrait apparaître rayonnant de bonheur. Pourquoi son petit-frère avait-il éteint son téléphone portable? Elle n'avait pu que lui laisser un message.

Camille, une fois de plus se retrouvait dans une impasse. Son visage radieux, son regard sec et presque rieur, son sourire chaleureux. Un bonheur mensonger peint sur son visage. Elle repoussa la feuille de papier sous les autres. Damian devrait revenir dans son bureau d'un instant à l'autre. Dans quelques heures ses parents adoptifs allaient mourir et elle ne pouvait rien faire, coincée à l'autre bout du monde. La seule personne capable d'agir, Théo, son petit frère avait coupé son portable.

Le papier qu'elle venait de pousser sur le bureau de Damian contenait l'ordre d'éxecution. Son petit frère ne savait même pas que leurs parents n'étaient pas leurs géniteurs. Si elle n'avait pas été contrainte de faire tous ces choix peut-être que leur arrêt de mort n'aurait jamais été imprimé.

Damian poussa la porte de son bureau. Il eut l'air surpris de la trouver là. Elle accentua son sourire.

"Bonjour mon ange."

Damian sourit.

"Je me disais que ce soir on pourrait partir plus tôt. Je réserve une table en terrasse, on dîner avec le soleil se couchant sur le Pacifique?"

Damian la prit dans ses bras et l'embrassa passionément. Elle tenta d'y mettre autant de passion que lui. Elle ne pouvait pas. Elle n'avait jamais pu. L'illusion de passion devait surement être efficace pour Damian.

"C'est une merveilleuse idée."

Elle réprima un frisson en sortant du bureau. L'homme venait de décider de la mort de ses parents et elle partageait son lit depuis plusieurs mois. Draps, salive, sueur, serviettes de bain, sperme, café, crème glacée, moquette, rideau de douche. La naussé monta irrépréssiblement en elle.

Toute professionelle qu'elle était, elle ne pourrait pas maintenir l'illusion encore très longtemps. Elle poussa la porte des toilettes et rentra dans la première cabine libre. Elle remonta la lunette, s'agenouilla et vomit en maintenant les mèches de cheveux plaquées à son crâne pour éviter tout contact avec ce que son estomac rendait. Elle déroula un peu de papier toilette pour s'essuyer  la bouche. Le goût acide qu'il lui restait ne l'était pas autant que la rancoeur qu'elle éprouvait. Toute une série de choix l'avait amenée ici. Des choix qu'elle ne pouvait pas oublier. Demain ses parents seraient morts et son petit frère devrait faire face seul à ça. Comme s'il n'avait pas déjà assez souffert. Demain elle serait loin. Elle se réveillerait dans un hôtel sur une plage de l'Océan Atlantique. Elle disparaitrait encore une fois, changerait de nom, de coiffure et de vêtements.

Elle repartirait à zéro. Pas tout à fait. Elle se reconstruirait sur les décombres de ses précédentes identités. Elle recracha l'eau qu'elle buvait au robinet. Lorsqu'elle releva la tête elle vit son visage dans le miroir. L'un de ses nombreux visages. L'un de ses nombreux mensonges.

Elle envoya son poing valdinguer sur le miroir, brisa son visage en mille reflets. Dans la vasque son sang se mêlait à ses larmes et au filet visqueux qui coulait de sa bouche. Elle fit couler l'eau. Elle avait ce besoin lancinant de sentir physiquement cette douleur, pale subsitut de soulagement.
Mardi 6 mai 2008
par Jim Dante publié dans : Parenthèses communauté : Ecriture Ludique
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