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Sœur Marie-Florentine sortit dans la rue en refermant bien le portail en fer forgé de l’orphelinat derrière elle. Elle tenait entre ses mains un petit portefeuille de cuir brun qui ne contenait qu’une carte téléphonique de cinquante unités sur laquelle était collée un petit post­-it jaune où étaient notées deux séries de dix chiffres au stylo bille bleu.

 

Le premier était un numéro téléphone portable, le second un numéro de téléphone portable, le second un numéro pour joindre quelqu’un en région parisienne. Dans la rue, son visage restait serein et son expression maternelle. Le peu de passants qu’elle croisait la saluait avec une crainte respectueuse, comme s’ils croisaient une sorcière capable de leur jeter un sort s’ils ne le faisaient pas. Ils prenaient son sourire pour eux ne se doutant pas de la part de moquerie et d’ironie. Une bonne sœur ne pouvait pas être capable de telles émotions.

 

Elle entra dans une cabine téléphonique, inséra sa carte téléphonique dans la fente prévue à cet effet. Composer le numéro de la première ligne. Attendre que le petit imbécile décroche. Une tonalité. Deux tonalités. Trois tonalités. Enfin, il décrocha.

 

« William Luce, j’écoute. »

 

La voix était chaleureuse, enjouée. L’idiot.

 

« Eh bien écoutez-moi bien William Luce. Vous n’aviez pas à divulguer quoique ce soit sur le passé de notre ami. Il était le seul à avoir le droit d’en parler. Vous êtes bien conscient de votre erreur ? »

 

Il ne répondit pas tout de suite. Elle attendit une réaction.

 

« Je…, je ne vois pas ce qu’il y avait de grave à…

- Vous avez brisé une promesse William Luce. Nous n’étions que quatre à connaître son passé. Nous sommes cinq maintenant, combien de temps avant que nous ne soyons six puis sept ?

- J’ai entièrement confiance en Cécile.

- La question n’était que rhétorique. Je ne lui fais pas confiance parce qu’il ne lui fait pas confiance. Veillez à tenir votre langue maintenant. Veillez aussi à ce qu’elle tienne la sienne. »

 

Elle n’attendait pas de réponse.

 

« Vous avez dit que nous n’étions que quatre avant que je ne prévienne Cécile. Il y a Nicolas, vous et moi. Qui est cette autre personne ? »

 

La voix de Sœur Marie-Florentine avait toujours été douce mais ferme. Cette fois-ci elle devint froide et sèche.

 

« Vous n’avez pas à le savoir. »

 

Elle raccrocha après lui avoir dit au revoir et de se mordre la lèvre inférieure. Elle avait trop parlé. Elle sortit dans la rue à nouveau et se dirigea vers l’orphelinat. Elle appellerait le deuxième numéro dans la soirée.

Lundi 5 mai 2008
par Jim Dante publié dans : 100: La Blessure et le Poignard
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