Nicolas avait timbré l’enveloppe qu’il avait adressée à l’Hôtel du Vieux Passage. Il la déposa vite fait dans la boîte aux lettres, sans grande conviction. Au moins il avait écrit ce qu’il avait besoin d’exprimer à l’odieux personnage qui osait prendre la l’initiale T. pour signer ses lettres.
Il se dirigea ensuite dans la rue où se situait l’appartement de son père et de sa belle-mère. Un vendredi midi, il imaginait déjà la tête du déjeuner qu’elle avait concoctée. Les effluves de poisson semblaient déjà atteindre ses narines. Le contact de la main moite de son père et de la petite main fragile de sa petite sœur alors que la femme de son père prononçait le bénédicité.
Il poussa la lourde porte de l’immeuble et grimpa les escaliers, arrivé au troisième palier il était essoufflé. Il fallait qu’il se remette au sport. Il avait vaguement pensé à faire un jogging ce matin mais il s’était retourné dans son lit de camp en essayant de dormir un peu plus longtemps. Il frappa trois fois à la porte. Des pas traînant, un son de pantoufles trainant sur le parquet.
Son père ouvrit la porte. Son visage semblait tendu, en voyant son fils de l’autre côté du seuil, son regard ne s’éclaira pas.
« Ah, c’est toi. »
Une pointe de déception perçait dans la voix lasse de Monsieur Longini. Nicolas se baissa malgré tout pour embrasser son père, essayant de se convaincre que le non-enthousiasme de l’homme qui lui avait légué son nom et la moitié de son patrimoine génétique était simplement dû au deuil qu’il traversait. Il n’était pas encore entré qu’il entendait le vrombissement du four et les odeurs de cuisson du poisson assaillirent ses narines. Il remarqua que son père essaya de lui dire quelque chose, mais coupé dans son élan il était resté la bouche ouverte. Une mouche passant par là n’aurait pas trouvé meilleur refuge. Nicolas eut un demi-sourire en visualisant cette pensée.
« Tu avais quelque chose à me dire Papa ? »
Nicolas pouvait presque observer le combat interne que deux pensées se livraient sans merci dans l’esprit de son père. Le mouvement de ses yeux. Le pli inquiet de son front. Le coin de ses lèvres qui tressautait nerveusement. Ses doigts qui jouaient un air de piano connu sur sa cuisse qui restait désespérément muette sous les assauts répétés. Soudain l’une des deux idées sembla trucider l’autre sauvagement, la décapitant dans un élan de fureur aveugle, ce qui n’était pas dérangeant vu que les idées ne possèdent pas d’yeux. Les épaules de Monsieur Longini s’affaissèrent. Il dit alors de sa voix morne.
« Ta grand-mère avait fait un testament. Tu fais partie de ses légataires. La lecture du testament a lieu mardi matin, tu y es convié. »
Il avait dit cela avec la conviction d’une huître qui se défend alors qu’une fourchette la décroche de sa coquille. Il avait essayé d’être factuel, de présenter cela comme un non évènement. Nicolas avait pourtant été témoin de la longue hésitation au cours de laquelle le duel acharné des deux idées avait eu lieu. Il se demanda pourquoi cette invitation dérangeait tant son père mais se tut. Son père l’invita à entrer, avec l’enthousiasme qu’un homme en train de se faire retirer une carie.
Moi j'ai une question, quel est le groupe que l'on entend sur la page d'accueil.
(Le titre est sur la page d'accueil pour l'instant parce qu'en fait la musique vient de l'article qui y est publié)