Comme tous les matins Eric était arrivé avec une demi-heure d’avance dans son bureau. Cela commençait mal, ce matin n’était pas vraiment un matin comme tous les matins puisqu’il n’avait pas du déposer ses enfants à l’école, ils étaient encore en vacances. Sa femme était donc partie avec eux chez ses parents.
Il n’avait eu donc aucune raison d’arriver plus tôt, excepté ne pas rester dans sa maison vide. D’ordinaire il la fuyait parce qu’elle était trop habitée. Au moins son jeune collègue qui arriverait dans un peu plus de trente minutes serait culpabilisé. Il descendrait de son vélo, brancherait son ordinateur et le ferait démarrer, dirait bonjour à tous ses collègues avec ce sourire qu’il ne forçait pas. Il se demandait comment il était possible de ne pas forcer son sourire. En fin de compte venir plus tôt ne culpabilisait pas son collègue, cela ne faisait que le frustrer lui-même davantage.
Lorsque son jeune collègue rentrerait il fallait qu’il ait l’air de s’occuper de quelque chose d’important. Le mieux était le téléphone. Appeler un collègue, parler d’un projet avec un client prestigieux.
Il composa le numéro d’un de ses collègues d’un autre site et commença à parler comme s’il essayait de couvrir la distance réelle avec sa voix.
« Allô ma caille ! »
Ainsi emplumé d’un petit nom affectueux, son interlocuteur se vit contraint de subir un rire forcé, gras et ponctué de reniflements. Les reniflements ponctuaient toujours les conversations téléphoniques d’Eric qui n’avait par ailleurs aucun problème respiratoire lors de toute conversation ne nécessitant pas de téléphones ou de micros.
Le jeune collègue d’Eric rentra à ce moment là, tout sourire, lui serra la main. Comment faisait-il pour sourire aussi naturellement ? Le jeune collègue
brancha tranquillement son ordinateur, fit un tour des bureaux pour saluer tout le monde et s’arrêter dans la petite cuisine pour se faire un café, inutile de trépigner devant le démarrage de son
ordinateur.
∞
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