Un, deux, trois, un, deux, trois, un, deux, trois...
Pas après pas, jour après jour, cette curieuse valse à trois temps continue. Sur la place du village chaque couple danse, les robes des femmes sont rouges, les costumes des hommes sont noirs.
Un.
Sur une des robes des taches bleues apparaissent, le visage de la femme ne sourit plus, elle danse sans joie.
Deux.
Le bleu prend maintenant plus de place sur la robe de la femme. Ses yeux ont rougi, de la peur semble vibrer en eux. Ses bras sont meurtris, marbrés de rouge et de bleu.
Trois.
L'homme pousse violemment la femme qui a maintenant une robe complètement bleue. Son visage est tuméfié. Elle n'a plus la force de se relever. L'homme quitte la piste alors qu'un Ankou danse entre les couples pour relever le corps de la femme et danser avec elle. Ils s'évanouissent progressivement de la piste...
Pas après pas, jour après jour, les autres continuent à danser, sans rien remarquer, sans rien vouloir voir, il faut que la danse continue, d'ailleurs un autre couple les a rejoint sur la place du village.
Un.
Une autre robe commence à être aspergée de bleu. Le sourire de la femme n'est plus naturel, un peu forcé, mais qui le remarquera ?
Deux.
Le bleu prend plus d'ampleur sur le tissu rouge. Ce sourire forcé s'accentue encore plus. Aucune marque pourtant n'apparaît sur sa peau. Qui pourrait se douter ?
Trois.
Ce sourire trop large ne quitte pas le visage de la femme alors que celle-ci, dans sa robe complètement bleue, glisse entre les bras de son mari. L'homme qui semble ne pas se soucier du corps, tournoie pour se mettre sur le côté de la piste de danse. Un Ankou esquisse quelques pas de claquettes entre les couples pour rejoindre le corps de la femme qui vient de mourir et le relever. Alors qu'ils disparaissent petit à petit, un autre couple s'avance sur la place du village.
Pas après pas, jour après jour, les autres dansent toujours. N'ont-ils donc rien vu ou rien voulu voir ? La foule des gens continue de danser là où deux femmes viennent de décéder.
Un.
Implacablement du bleu commence à apparaître sur une nouvelle robe. Le visage de la femme reste neutre alors qu'un filet de sang s'échappe de la commissure de ses lèvres.
Deux.
Le sang continue de couler, la robe continue de bleuir. De charmantes lunettes de soleil couvrent maintenant le regard de la femme. Son nez semble maintenant légèrement tordu.
Trois.
L'homme quitte la piste de danse et j'entre sur scène d'un pas fluide. Dieu qu'elle a les mains froides. Je la relève, la saisit et achève cette danse grotesque avec elle, inanimée, froide, la vie l'a quittée et je récolte son âme sans qu'aucun des danseurs alentours ne soient perturbés dans leur chorégraphie.
Pas après pas, jour après jour, cette étrange valse continue. Sur la place du village, chaque couple danse, les robes sont rouges, les costumes des hommes sont noirs.
Un, deux, trois, un, deux, trois, un, deux, trois...
∞
Recommander - Publié dans : 100: La Blessure et le Poignard - Communauté : Les Joyeux Lurons



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