Lorsqu’il ouvrit les yeux, Nicolas sentit qu’il était trop tôt pour qu’il se réveille. Sa bouche était sèche, sa langue collée à son palais et ses cheveux poussaient à l’intérieur de son crâne. Il était faible, ses doigts tremblaient et une sensation nauséeuse logeait au creux de sa gorge qui voulait qui voulait se répandre à tout son corps. Ses yeux se refermèrent.
Il se demanda ce qui avait bien pu faire en sorte de le réveiller avant que son corps n’ait fini de distiller toute substance alcoolique circulant encore dans son système sanguin. Il se demanda s’il s’agissait bien de coups de marteaux qu’il entendait cogner à l’intérieur de son crâne.
Il comprit lorsqu’il ouvrit à nouveau les yeux. Il était rentré chez lui la veille au soir, sa chambre dans l’appartement de son père et de sa belle mère. Il se massa le front. Sa chambre était située juste à côté de celle de son père. Aucun coup de marteau. Juste un lit partant à l’assaut d’un mur. Il se redressa lentement, essayant de passer outre les gémissements, souffles rauques et autres bruits bestialement humains.
Il se leva et se dirigea d’un pas mal assuré vers la salle de bain. Il fallait qu’il boive de l’eau. Beaucoup d’eau. Il savait pertinemment qu’il n’arriverait pas à en boire autant qu’il ne le fallait, et il répugnait à enfoncer ses doigts dans sa gorge, geste qui aurait pu le libérer de cette sensation de malaise.
En arrivant dans la salle de bain il s’humidifia le visage. Il espérait que Mathilde dormait à poings fermés pour lui épargner les sons de l’épique bataille qui se livrait sous la couette de ses parents. Il soupira, peu d’enfants de l’âge de Mathilde dormaient tard, surtout le dimanche matin.
Quand il eut fini de boire la quantité d’eau du robinet qu’il pouvait physiquement ingurgiter, il se sentit ballonné. Il retourna d’un pas toujours aussi hésitant dans sa chambre avant de se laisser tomber sur son lit. Il resta piégé dans un état de somnolence, pas vraiment le sommeil. Ses pensées dérivaient à la surface de son esprit sans qu’il parvienne à les contrôler.
Trois coups frappés à sa porte le réveillèrent définitivement. Il émit un son étrange, à mi-chemin entre un grognement et un gémissement que la personne qui était derrière la porte interpréta comme une invitation à entrer.
Agathe, sa belle-mère, eut une grimace de dégoût en respirant l’atmosphère de la chambre. Elle la masqua rapidement et lui demanda, mielleusement :
« Nicolas, mon chéri, ton père, ta petite sœur et moi nous préparons à aller à la messe. Est-ce que tu te joindras à nous ? »
Il se demanda si elle pensait à brûler ses draps et ses vêtements pour éliminer tout risque de contamination biologique. Il se redressa et la regarda sans faire l’effort de sourire. Ses yeux étaient rougis, cernés et fatigués. Sa voix rauque, mais l’ironie y perçait tout de même.
« Ce n’est pas moi qui viens de passer deux heures à pécher corps et âme à pleine voix, Agathe. »
Elle tenta de ne pas rougir jusqu’à la racine de ses cheveux blonds. Il remarqua le choc l’espace d’un instant se peindre sur le visage de son interlocutrice. Puis un sourire poli. Les sourires polis le sont rarement.
« Très bien, nous prierons pour toi. »
Nicolas haussa un sourcil en secouant la tête.
« Repose-toi bien mon chéri. »
Elle referma la porte doucement. Il se rallongea en position fœtale. Il ne croyait pas aux prières, à ce Dieu omniscient et si puissant qu’il avait créé une créature à son image qui n’avait de cesse de détruire Son Œuvre, absurdité et arrogance. Il n’avait pas besoin qu’on prie pour lui. S’il fallait prier pour quelqu’un, ce n’était pas pour lui.

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