William sortit de la chambre d'hôpital de T. Il essayait maintenant de venir chaque matin avant de se rendre au bureau. Il n'avait depuis pas recroisé Violette. Sans doute ses heures commençaient plus tard où se terminaient plus tôt.
Il fut donc surpris de la voir assise derrière le bureau des infirmières en train de consulter le dossier d'un patient. L'espace d'un instant il crut même que ce n'était pas elle. Son visage s'était creusé, elle n'avait quasiment plus de joues et ses yeux étaient cernés à tel point qu'un panda en aurait été vert de jalousie. Elle semblait maintenant flotter dans ses vêtements d'infirmière.
Il vérifia le prénom imprimé sur le côté droit de sa tunique bleu ciel. Il s'agissait bien d'elle. Elle avait dû se rendre compte qu'il la regardait puisqu'elle releva la tête. Il fit un pas en arrière. Ses yeux n'étaient pas vides, pas vraiment... mais c'était comme s'il n'existait plus que leur surface, toute profondeur en avait disparu... ce regard n'exprimait rien.
« Je peux vous aider ? »
Il frissonna en entendant cette voix. Elle sonnait creux, comme un écho, sa voix elle aussi était devenue superficielle. William se rendit alors compte qu'il n'avait jamais vraiment engagé la conversation avec elle et qu'il avait toujours voulu lui parler de l'accident, il ne savait pas quoi lui dire.
« Non... euh... merci... bonne journée. »
Il recula et sortit de l'hôpital. L'image fantomatique de Violette ne le quitterait pas de la journée. Ce qu'il n'avait pas vu, ce qu'il n'avait pas pu voir, c'était que derrière le comptoir, penché derrière Violette, Un Ankou observait la jeune femme enroulé dans sa cape de laine noir, son chapeau de feutre noir à larges bords enfoncé sur son crâne.
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